Leadership et management

Comment impliquer ses salariés dans la transition écologique facilement

9 inscrits sur 80 : voilà ce qui arrive quand on croit qu'un atelier suffit à embarquer ses salariés. Découvrez pourquoi l'écologie au travail est d'abord un problème de pouvoir, pas de communication.

Comment impliquer ses salariés dans la transition écologique facilement

La première fois que j'ai lancé un « atelier fresque du climat » dans une boîte de 80 personnes, je m'attendais à un franc succès. On avait réservé la salle, prévu des sandwichs, tout bien. Résultat : 9 inscrits sur 80. Et sur ces 9, trois ont passé la deuxième heure à répondre à des mails sur leur téléphone, planqués derrière leur écran. Le soir, la DRH m'a demandé, un peu gênée : « On recommence quand ? »

J'ai mis deux ans à comprendre pourquoi ça n'avait pas pris. Et ce que je vais vous raconter ici ne ressemble pas beaucoup à ce qu'on lit d'habitude sur le sujet, parce que la plupart des articles vous expliquent quoi faire (sensibiliser, communiquer, embarquer) sans jamais expliquer pourquoi une équipe se désengage dès qu'on lui parle d'écologie au travail. Comment impliquer ses salariés dans la transition écologique, ça n'est pas un problème de communication. C'est un problème de pouvoir, d'utilité perçue et, franchement, de charge mentale.

Points clés à retenir

  • Un atelier de sensibilisation seul ne change rien : sans décision concrète à la clé, l'engagement retombe en trois semaines.
  • Le CSE a des prérogatives environnementales que la plupart des employeurs ignorent (consultation, base de données économiques, sociales et environnementales).
  • Les salariés s'impliquent quand ils ont la main sur un sujet mesurable, pas quand on leur demande d'« être plus écolos ».
  • Un diagnostic partagé remonte une réalité que la direction ne voit pas : les postes les plus polluants sont rarement ceux qu'on croit.
  • Il faut un indicateur, même imparfait, mais un seul au départ.
  • Les résistances ne se traitent pas par l'argument écologique, mais par le confort de travail.

Pourquoi sensibiliser vos salariés à l'écologie ne suffit jamais

Bon, commençons par le truc qui fâche. La sensibilisation, c'est la partie visible. C'est celle que tout le monde fait parce qu'elle est facile à organiser et qu'elle se photographie bien pour le rapport RSE. Mais elle produit un effet que j'ai fini par appeler l'engagement fantôme : les gens repartent contents, parfois même un peu émus, et rien ne bouge dans les pratiques.

Pourquoi ? Parce qu'un salarié qui trie mieux ses déchets au bureau n'a aucun impact sur les 70 % d'émissions qui viennent souvent de la logistique, des achats ou des déplacements. Il le sent confusément. On lui demande de faire un effort visible mais dérisoire pendant qu'ailleurs, dans l'entreprise, des décisions autrement plus lourdes se prennent sans lui.

Le tri des déchets n'est pas le sujet

Quand j'ai commencé à travailler là-dessus, je faisais l'erreur classique : je partais des gestes du quotidien. Affichettes au-dessus des poubelles, rappel sur le gaspillage alimentaire à la cantine. Sauf que le personnel de terrain me l'a dit très directement, un jour de réunion : « On veut bien trier, mais nous, ce qu'on subit, c'est les tournées de livraison qui tournent à vide. » Ils avaient raison. Et personne dans la direction n'avait ce sujet à l'agenda.

C'est la première bascule à opérer : arrêter de traiter les salariés comme un public à éduquer, et commencer à les traiter comme des sources d'information sur ce qui ne va pas.

Impliquer ses salariés dans la transition écologique : la méthode qui a marché pour moi

Après plusieurs tentatives ratées, j'ai fini par poser un cadre en quatre temps. Il n'a rien de magique, mais il a une vertu : il rend l'implication vérifiable. On ne demande plus d'être motivé, on demande de produire quelque chose.

Impliquer ses salariés dans la transition écologique : la méthode qui a marché pour moi

Étape 1 : le diagnostic partagé, avant toute promesse

Avant de parler d'objectifs, il faut que l'entreprise accepte de se faire regarder par ses équipes. Concrètement, je réunissais des groupes de 6 à 8 personnes, mélangeant volontairement les services. Une seule consigne : listez ce qui, dans votre travail quotidien, vous semble inutilement coûteux ou polluant. Pas « comment être plus vert ». Juste : qu'est-ce qui vous fait perdre du temps, de l'énergie, des ressources ?

Ce qui remonte est toujours instructif. Sur un site industriel que j'ai accompagné, les opérateurs ont pointé du doigt les impressions papier systématiques des ordres de fabrication, alors que tout était déjà dans l'outil numérique. Sur un autre, c'était les déplacements entre deux bâtiments distants de 400 mètres, faits en camionnette pour transporter trois classeurs. Personne dans l'encadrement n'avait vu ça.

Le diagnostic partagé a un deuxième effet, moins avouable mais tout aussi précieux : il donne aux équipes l'impression — justifiée — que leur parole compte enfin. Et ça, c'est le carburant de tout le reste.

Étape 2 : chanter un seul chantier, jamais dix

L'erreur suivante, que j'ai commise aussi, c'est de vouloir tout traiter. On ressort du diagnostic avec une liste de 40 pistes, on monte une feuille de route ambitieuse, et six mois plus tard plus personne ne sait où on en est.

Ce qui fonctionne : choisir un chantier par trimestre, avec un pilote nommé, un budget même symbolique, et une date. Dans une PME, ça a été l'extinction des éclairages et la coupure des serveurs la nuit. Dans une autre, la mutualisation des livraisons fournisseurs sur deux jours fixes. Rien de spectaculaire. Mais à chaque fois, à la fin du trimestre, on pouvait dire : c'est fait, ou c'est pas fait.

Et là, il se passe un truc que je n'avais pas anticipé. Les salariés qui ne s'étaient jamais intéressés au sujet commencent à demander le prochain chantier. Pas par militantisme. Parce que ça bouge et que ça se voit.

Étape 3 : s'appuyer sur les instances, pas à côté d'elles

J'ai longtemps cru qu'on pouvait faire ça de manière informelle, avec un petit groupe de volontaires. C'est possible, mais fragile : dès que le porteur part ou change de poste, tout s'effondre. L'appui sur les instances représentatives change la donne, à condition de les associer vraiment.

  • Le CSE : il a des prérogatives sur les conséquences environnementales des décisions de l'entreprise, et l'employeur doit lui fournir les informations correspondantes. Ce n'est pas un détail procédural. Cela veut dire que le sujet peut être mis à l'ordre du jour, discuté, tracé. Un projet écologique porté uniquement par la bonne volonté d'un service disparaît à la première réorganisation. Le même projet inscrit dans une instance survit aux départs.
  • Une base de données économiques, sociales et environnementales tenue à jour donne un support de discussion annuel, au lieu d'une réunion unique qu'on oublie.
  • Un référent nommé, avec du temps dédié sur ses heures, plutôt qu'un volontaire qui fait ça le soir chez lui.

Franchement, c'est le point où j'ai vu le plus de blocages. Beaucoup d'employeurs voient dans le CSE un frein. Je pense l'inverse : une transition écologique qui reste dans le giron de la communication interne est une transition qui ne coûtera rien et ne changera rien.

Étape 4 : un seul indicateur, visible de tous

Sans mesure, pas d'implication durable. Mais attention : le tableau de bord à quinze indicateurs ne fonctionne pas. Les gens décrochent. Ce qui tient dans le temps, c'est un indicateur, affiché quelque part où tout le monde passe, et actualisé régulièrement.

Ça peut être très simple. Le nombre de kilomètres évités sur le trimestre, le tonnage de papier commandé, la consommation énergétique du site. Sur un projet que j'ai suivi, l'affichage d'un seul chiffre sur un écran à l'entrée de l'atelier a produit plus d'effet que six mois de réunions de sensibilisation. Les équipes se sont mises à se comparer entre elles sans qu'on leur demande rien.

Trois façons d'impliquer les salariés : ce que ça donne vraiment

Tous les articles vous présentent les approches comme si elles étaient cumulables et sans inconvénients. Voici, d'après ce que j'ai vu, ce que chacune donne réellement.

Trois façons d'impliquer les salariés : ce que ça donne vraiment
Approche Ce que ça produit Ce qui coince
Sensibilisation (ateliers, fresques, conférences) Mobilise beaucoup de monde sur un temps court, bon point de départ Retombe en quelques semaines si aucune décision ne suit
Groupe projet de volontaires Avance vite au début, très motivant Fragile aux départs, ne couvre pas les postes de terrain
Instance consultative (CSE, groupe de travail officiel) Survit aux changements, trace les engagements Plus lent, demande de l'énergie côté direction comme côté représentants

Aucune des trois ne fonctionne seule. Et l'ordre compte : commencer par la sensibilisation sans gouvernance derrière, c'est allumer un feu sans bois.

Les freins réels, et pourquoi le discours écologique n'y répond pas

Il faut qu'on parle des résistances, parce que c'est là que la plupart des projets se cassent la figure. Et la résistance numéro un, ce n'est pas le climatoscepticisme. C'est la fatigue.

« C'est encore un truc en plus »

Quand un salarié enchaîne déjà ses journées sans respirer, on ne lui propose pas une mission supplémentaire. On lui ajoute une charge. Le message implicite qu'il reçoit, c'est : en plus de ton travail, tu vas devoir sauver la planète. Forcément, il décroche.

La solution que j'ai finie par adopter : ne jamais ajouter, toujours remplacer ou supprimer. Si on demande de faire un geste, on en retire un autre. Si on ajoute une réunion, on supprime une procédure. Ça peut paraître anodin. Dans les faits, ça change complètement l'accueil qui est fait à la proposition.

La défiance envers la sincérité de la démarche

Deuxième frein, plus coriace : les équipes soupçonnent la direction de faire ça pour l'image. Et elles ont souvent raison, ce qui complique tout. Un moyen de désamorcer : accepter publiquement ce qui ne marche pas. Un projet que j'ai accompagné a publié sur son intranet un compte rendu disant, noir sur blanc : « On visait 15 % de baisse sur les déplacements, on n'a fait que 4 %. Voici pourquoi on a échoué. » Cet aveu a fait plus pour la crédibilité de la démarche que trois ans de communication lisse.

Questions fréquentes

Quel rôle joue le CSE dans la transition écologique de l'entreprise ?

Le CSE doit être consulté sur les conséquences environnementales de certaines décisions de l'entreprise, et il dispose d'un accès à des informations économiques, sociales et environnementales. Concrètement, cela signifie que la direction ne peut pas piloter une transition écologique en ignorant l'instance : elle doit pouvoir en discuter formellement, et les échanges sont tracés. C'est ce caractère officiel qui protège les engagements des aléas de la vie interne.

Que faire si les salariés ne sont pas intéressés par le sujet ?

D'abord, ne pas interpréter ce désintérêt comme un rejet de l'écologie. Neuf fois sur dix, c'est un manque de temps ou une impression d'inutilité. Ensuite, déplacer l'angle : parler pouvoir d'achat, confort de travail, pénibilité, plutôt que bilan carbone. Un poste qui respire mieux, ce n'est pas un poste plus vert, mais c'est un poste où on s'implique. Les arguments écologiques viennent après, pas avant.

Par où commencer quand on n'a aucun budget ?

Par une seule réunion, courte, avec une seule question : qu'est-ce qui, dans votre travail, vous semble inutile ou coûteux ? Rien à acheter. Aucune formation. Le coût, c'est le temps passé à écouter les réponses, et à les prendre au sérieux. Un premier chantier mené à bien, même minuscule, vaut mieux qu'un plan à cinq ans sans début d'exécution.

Ce qui reste

Six ans après mon atelier raté à 9 inscrits, je ne suis pas sûr que la méthode dont je vous ai parlé soit la meilleure. Elle a le mérite de reconnaître une chose simple : personne ne s'implique pour un objectif qu'il n'a pas contribué à formuler. Une entreprise qui veut embarquer ses équipes dans sa transition écologique doit accepter de leur donner une part du pouvoir de décision, pas seulement l'envie d'y croire.

La question à se poser n'est peut-être pas « comment redonner envie à mes salariés de faire de l'écologie ? », mais plutôt : qu'est-ce que je suis prêt à leur laisser décider, une fois qu'ils auront exprimé ce qu'ils voient ? Si la réponse est rien, l'atelier de sensibilisation ne changera pas grand-chose. Ce n'est pas grave. C'est juste dommage.

Amandine Renaud

Amandine Renaud

Amandine Renaud analyse les comptes de PME depuis une dizaine d'années. Trésorerie, indicateurs de pilotage, budget prévisionnel, fiscalité : elle traduit les chiffres en décisions, et se méfie des tableaux de bord que personne ne regarde.

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